Diane est partie.
Pas trop loin, rassure-toi, juste assez histoire de s’envoyer quelques litres de chouchen et de me laisser prendre les rennes de son blog. Parce que, comprenez, on ne peut pas patauger dans la pâte à crêpes et s’occuper de son blog parisien en même temps.
Me voilà, donc, devant l’immensité de ma page Word.
Blanche.
Nue-mérique.

Écrire ce que je veux, tant que ça traite de Paris. Ça me donne le vertige, presque autant que le dézonage de mon pass navigo le week-end.
Imagine, des tas de lignes aux destinations différentes et dès qu’on s’éloigne du sujet, on se retrouve en banlieue. Ou alors à Disneyland.

Paris, donc. Autant parler de ce que je connais, de ce qui m’est proche, de là où je vis : le 18ème.
Une grande pente à mes yeux, coupée en deux par une station de métro, Lamarck-Caulaincourt. Exit Amélie qui trimballe son aveugle dans une lumière douce-orangée, bonjour les odeurs de pisse et les clodos habitués. Une fois, y avait ce type couché en plein milieu de la rue juste devant l’entrée du métro. Alors je vais voir l’agent de la RATP, bonjour monsieur, je dis, y a ce type là bas qui m’a pas l’air bien. Il se lève, regarde, éclate de rire : «Oh, vous en faites pas, c’est toujours comme ça avec lui ». Ah, bon. Je m’en vais et je me sens stupide de m’être inquiétée. J’en veux parfois à cette ville de m’habituer à l’inacceptable.

Si tu remontes tu vas à Byzance, chatouiller tes yeux avec le Sacré-cœur, t’agripper un plus fort à ton sac et penser secrètement que tu adorerais avoir un sweat-shirt I LOVE PARIS.

Mais pour ça il faut grimper: éh ouais, l’habitant du 18ème a les mollets musclés. Tu vas certainement passer par la rue Caulaincourt, celle qui, la première fois que je visitais Montmartre, m’a fait me dire «un jour, j’habiterai ici ». Preuve de mon bon goût (vous trouverez l’adresse de mon book à la fin de cet article, je suis actuellement en pleine recherche de tra… oui, non, pardon), Auguste Renoir en avait fait lieu de résidence de 1910 à 1923. Toulouse Lautrec, lui, s’était dit que son atelier irait pas mal dans le coin. Vous pouvez toujours venir en pèlerinage, mais finalement vous ne verrez rien d’autre que des immeubles qui ressemblent à d’autres immeubles. La rue, quant à elle, est bordée d’arbres qui ont sûrement vu passer Toulouse et Auguste sous leurs branchages. L’été, leur ombre épaisse rafraîchit les badeauds et quelques oiseaux viennent te rappeler qu’il y a une vie au dessus du bitume.

Il y a cette boulangerie aussi. Elle ne propose rien d’extraordinaire, mais je m’arrête toujours quelques secondes pour la regarder. Je ne saurais dire pourquoi, elle me rappelle le Portugal, les azulejos peut-être.

Au bas de la butte, humanité et mixité. Crasse et gueulantes. La base solide et humaine où chaque individu est comme un pilier.
Quand tu marches à Pigalle, c’est un peu comme le catwalk d’un grand défilé. Le crépitement des flash est remplacé par le cliquetis des bouteilles que se partagent les mecs venus tuer leur journée dans le coin. Pour peu que tu portes une jupe, les sifflements ne se feront pas attendre.

Depuis la station Lamarck tu peux rejoindre la place de Clichy, et si tu jettes un œil en dessous du pont que tu traverses, tu pourras saluer les morts : la bise à Dalida ou l’accolade à Fragonard. Le cimetière de Montmartre (le troisième plus important de Paris intra-muros) protège de ses murs quelques personnalités. Si tu y va, salue pour moi Miecislas Kamieński, jeune soldat volontaire mort dans la bataille de Magenta, dont le tombeau à lui seul vaut le détour (une sculpture en bronze de Jules Franceschi).

Je pourrais continuer. Mais arrêtons-nous là. Si jamais Diane part un jour faire des brasses coulées dans l’Atlantique (qui sait ?), peut-être que je viendrais te raconter ces adresses où l’on peut boire des mojitos aussi profonds que la Seine pour 5 euros.

En attendant, à vous les studios, je retourne vendre des cartes postales.

Manon

Le livre pour briller dans les dîners mondains : La fin du courage, Cynthia Fleury, Fayard.