Il y a quelques semaines, entre deux vagues de froid et trois cartes de vœux, Roger m’a invité à dîner chez lui.

J’adore aller dîner chez Roger, déjà parce qu’il fait hyper bien à manger, tout a toujours meilleur goût que si vous-même aviez passé la journée à le cuisiner, que son appart est nickel, – ce qui constitue un espoir pour nous toutes d’avoir un jour un mec un peu à cheval sur l’hygiène – et que le vin est toujours un délice. Même si le choix de la playlist m’a, un temps, presque incité à enjamber la rambarde de la fenêtre de son salon au cinquième étage, il sait tempérer ça par une bonne dose de fous rires.

Là, les fous rires étaient bien aidés par le blanc divin de Roger, (demandez-lui ce que c’était, moi je m’en souviens jamais). Roger serait comme un comique/œnologue voyez ? Hyper rare à trouver comme genre de mec, je vous dis pas comme je le garde précieusement dans mes amis.

En fin de soirée, après avoir bouché mes artères avec sa tartiflette, mes oreilles avec Radiohead, et ma sobriété avec son Chablis, Roger lance l’air de rien que dans quelques semaines, Depardieu chantera les chansons de Barbara au théâtre des Bouffes du Nord. Et que ce serait pas une super idée d’y aller ?

Moi j’hésitais entre m’endormir discrètement et trouver la force d’aller jusqu’à mon téléphone (que Roger m’avait fait ranger dans mon sac en arrivant avant de me traiter de millénale) pour appeler un Uber. Du coup quand il a dit ça te dit ? j’ai marmonné un truc dans ma barbe, et quand il a précisé qu’il s’occupait de tout, j’ai rendu les armes. Et j’ai bien fait.

 

J’aime vraiment Barbara, mais depuis peu de temps. Autant je connais Brassens sur le bout des doigts, ma mère m’en ayant bercé toute ma tendre enfance, autant Barbara n’avait jamais franchi les ondes familiales. Je me souviens que la mère de ma copine Agathe lui vouait une grande passion, et comme je l’aimais bien, la mère de ma copine Agathe, je me disais que ça devait forcément être une super artiste.

Et puis il y a deux, trois ans, je suis tombée sur un titre et hop ! je suis entrée dans ses chansons comme ça, comme sa petite cantate, du bout des doigts. Mais Depardieu, je ne le voyais pas trop faire quoique ce soit du bout des doigts, lui l’ogre, le rabelaisien, la grande gueule.

C’etit sans compter sur sa très grande sensibilité, et sa précieuse relation avec Barbara. Accompagné au piano par un autre fidèle de la chanteuse, Gérard Daguerre, Depardieu se lance dans un merveilleux tour de chant. C’est comme si, dans son coffre énorme, il y avait logé Barbara et qu’à eux deux, ses textes à elle et sa voix à lui, ils avaient réinventés quelque chose d’inédit, qu’une poignée de spectateurs ont eu la chance de voir.

Je dis une poignée parce que devant le théâtre, il y avait foule, mais sans billets. Ainsi, un monsieur avait l’air tellement désespéré que je l’ai pris pour un démuni quand il s’est approché pour nous demander si nous n’avions pas… une place.

Et puis au parterre, le beau monde se bousculait : Bruno Julliard, Roschdy Zem, Louis Bertignac, Vincent Dedienne, et soi-disant Catherine Deneuve. Je l’ai pas vu, c’est Roger qui m’a lancé des grands coups de coude avant de me traiter de groupie quand je me suis tordue le cou pour essayer de l’apercevoir.

Le public était conquis d’avance, c’est un peu comme si on avait commencé par les rappels. Des merci ont fusé dans la salle, des bravos. Les mêmes personnes qui dans la file d’attente, avaient l’âge d’avoir vu Barbara en concert. Même si elle n’était pas sur scène, sa présence était palpable et j’imagine que ses concerts se déroulaient dans la même euphorie. C’est le genre de chanteuse qu’on aime passionnément ou rien je crois. Elisabeth, j’ai bien pensé à vous.