Stanislas Nordey est Rainer Werner Fassbinder, sur scène en tout cas, le réalisateur allemand prolifique, trente films tournés à l’âge de trente ans, mort à trente-sept. Culte pour les allemands, moins pour les français, c’est quand même sous cette figure tutélaire et majeure dans la construction de l’œuvre de Falk Richter, metteur en scène allemand, que s’est construit cette pièce avec ses metteurs en scène, Richter et Nordey, et les acteurs. Une pièce quasiment en train de s’écrire sous nos yeux, puisqu’elle commence avec Rainer/Stan qui s’engueule avec sa mère/son acteur.

Très vite, on plonge dans cette double-lecture, en apparence foutraque, en réalité, parfaitement maîtrisée. Les attentats de Charlie, du 13 novembre, les violences à Cologne, Merkel, Hollande, la Syrie, l’Europe. L’Europe, élément central de la pièce, dans quel état, pour qui, pourquoi ? Le texte déferle, à toute allure, ça chante, ça s’engueule, ça se désape et ça danse, bref ça décoiffe. La scène immense de la Colline est le formidable terrain de jeu des quatre acteurs et de Nordey, incroyables tous.

On ne s’ennuie pas une minute, tout juste a-t-on décroché un petit moment sur un monologue un peu ardu, mais tout est juste, c’est parfois violent, ça ne fait pas toujours plaisir à entendre, mais si l’artiste est politique, cette pièce en est la parfaite illustration. Une bonne claque dans la gueule pour se réveiller de l’état d’urgence et du climat merdique de ces derniers temps.

 

Vous l’aurez compris, ne faites pas l’économie de cette pièce qui se joue au théâtre de la Colline jusqu’au 4 juin

La Colline c’est un peu mon dada, et la super librairie du Comptoir des Mots à deux pas aussi.