Longtemps, j’ai détesté le printemps. Les bourgeons en fleur, la nature, le pollen et les yeux rouges, le nez qui pique, la gorge qui gratte, merci bien. L’obligation de se réjouir, là, c’est bon.
Ma saison préférée c’était l’automne, l’enfant mélancolique qui adorait marcher dans les feuilles mortes au fond de la cour, bah c’était moi.

J’ai vécu deux ans à Aix-en-Provence, là-bas, l’hiver durait une semaine et les terrasses le reste de l’année, le temps d’ensoleillement crevait le plafond de particules fines parisien. Le premier hiver vécu à Paris, je me suis vraiment demandé ce que j’étais venue faire dans cette galère de neige fondue, de changements de température indécents, entre forêt tropicale dans la 13 et tempête dans les rues, et de cure de vitamine D.
À Paris, au moindre rayon de soleil, tout le monde saute de joie, et depuis quelques printemps, et bien moi aussi. D’ailleurs, un couple d’amis venus quelques jours en visite à Paris me faisait remarquer l’extrême amabilité des parisiens. C’était pendant ce week-end très ensoleillée mi-avril, vous vous souvenez ? Je n’ai pas manqué de préciser que c’était uniquement la faute au thermomètre, que bientôt on redeviendrait tous acariâtres.

Le printemps, c’est vrai que c’est comme avoir bourgeonné tout l’hiver et éclore avec les premiers beaux jours, le premier matin où le manteau reste à la maison, le premier déjeuner où les chauffages ont quitté les terrasses, la première traversée du Pont des Arts de l’année en flânant, le premier après-midi dans les jardins du Palais-Royal, mes préférés à Paris je crois. Les touristes croisent les nounous étrangères, les gens en free-lance les lycéens qui sèchent les cours, et les femmes tout droit sorties d’un magazine celles en jogging qui tendent vers cet objectif.

Le printemps, c’est aussi mai et les jours fériés, puis le festival de Cannes, Roland-Garros, ni vu ni connu on bascule en juin et en été, c’est mon anniv’, champagne ! Et hop, juillet, c’est les vacances !

Le printemps, c’est tout à coup être plus libres de nos mouvements, libérés des couches de fringues. On peut se balader des heures, la nuit tombe tard sur le Canal Saint-Martin, on rêve, on discute et la soirée s’éternise, il n’y a pas d’urgence de nez qui coule pour rentrer, juste le plaisir d’une légère brise sur nos bras enfin dénudés. On respire, ça y est, c’est le printemps.