J’ai eu des coups de foudre pour des villes, l’interlope Berlin ou l’ouvrière Glasgow, j’ai aimé des villes au point d’y retourner, Berlin toujours, Rome aussi. Mais désormais, il y a Venise et c’est tout autre chose. Une ville chargée d’histoire, un charme fou, des couleurs qui vous éclatent à la figure à chaque coin de rue, des façades qui se reflètent sur l’eau couleur azur, une sorte de paradis terrestre, peut-être.
Venise est une ville très préservée, elle ne ressemble pas à un musée même si l’on s’extasie devant tant d’œuvres d’art rassemblées sur une si petite surface. Et ce n’est pas non plus Disneyland, comme peut l’être Prague, par exemple.

On se perd en deux coins de rue et le plan est toujours en main si jamais l’on a un point précis à atteindre. Même si la plus exquise des choses à Venise reste de se perdre, d’errer sans but. Il y a un côté décadent, comme a dû l’être cette ville à la Renaissance, quand le carnaval durait six mois, et qu’on y menait toutes les intrigues. Aujourd’hui, on s’imagine les vénitiens boire du prosecco tous les soirs, se nourrir de cichetti, pizza et pasta, aller au Peggy Gughenheim, qui a dû en mener une drôle, et surement un peu décadente, de vie.

vue depuis le Peggy Gughenheim Museum (photo de l’auteur)

J’ai aimé Venise et pourtant, je n’ai strictement aucun sens de l’orientation. Ma boussole quand je sors d’une station de métro, c’est l’inclinaison de l’escalier sur le plan du quartier. Je pars systématiquement dans le mauvais sens et je déteste par-dessus tout revenir sur mes pas. Autant vous dire que certains chemins me semblent parfois très longs.

Mais, premièrement, étant acquis que se perdre dans Venise est inévitable et même vivement conseillé, et deuxièmement, que quelque ce soit la direction que vous choisirez de prendre, se dégagera un immeuble, une vue, un pont, un bout de canal devant lesquels tomber fou amoureux, ça vaut largement le coup de prendre la même rue deux fois.
En parlant d’amour, je vous dirais bien que Venise se visite avec n’importe qui, mais mon Jules reste le meilleur partenaire pour cette escapade que nous comptons bien renouveler.

Le mot escapade n’est pas choisi au hasard. On a vraiment eu l’impression de s’échapper de Paris, d’arriver dans un endroit tellement magique et hors du temps. La preuve : connaissez-vous une seule ville entièrement piétonne ? Venise l’est. Pas une voiture, un scooter, pas même un vélo, tout juste une trotinette aperçue le dernier jour. Si vous voulez vous déplacer dans la ville, faites-le en bateau. Taxi ou Vaporetto selon vos envies. Ici, tout le monde est en  bateau, la police, les ambulances, les pompiers.

Avant de partir, un de mes collègues m’a donné plein d’adresses et m’a dit non dimenticare d’essere felice. Ça ne nous a pas demandé beaucoup d’efforts. Parler italien un peu plus. Si Monsieur Duroc, mon prof d’italien au lycée, m’avait vu me débattre avec cette langue que j’ai appris pendant cinq ans… J’ai quand même tenue absolument à parler italien, question de fierté, sous le regard amusé d’Antoine. Je peux vous dire que les vénitiens apprécient, même si mon accent est vraiment affreux.

photo de l’auteur

Quand on arrive dans une ville pour la première fois, tout est vierge, vide, blanc. Seulement des perspectives et des carrefours ; ensuite, les rues auront été parcouru, 10, 20, 1 000 fois elles auront un sens, une histoire, notre histoire.

A Paris, j’ai des chemins, des rues, des endroits qui ont un sens. J’aurai toujours 17 ans à République, des fou rires rue Keller, et le cœur qui bat devant le théâtre de l’Athénée. Je connais tous les sens uniques du 18e ouest grâce à l’auto-école, les endroits où déjeuner aux Batignolles, à Madeleine, les moindres recoins de Saint-Germain-des-Prés et toutes les sorties du métro Bastille. Je n’oublierai jamais les six étages de la rue Duhesme, le digicode de mon premier appartement, et tous les virages des tunnels de la ligne 13.

A Venise, il nous reste encore des tas de choses à découvrir, mais cette ville a commencé à avoir un sens pour nous, à devenir un peu de notre histoire.

 

En rentrant, j’ai lu Venise est un poisson de Tiziano Scarpa dans la collection Titres de Christian Bourgois. Et je le relirai à coup sûr avant de repartir.