S’il y a bien une chose que le parisien adôôôre, c’est aller se ressourcer à la campagne. Quand il a un peu de sous, il s’achète une baraque en Normandie, dans la Sarthe, ou le Morvan, à une heure de Paris à peine, pour aller y passer quelques week end au vert. Sinon, il s’incruste chez les copains ou la famille.

Il fait son sac en prenant douze livres au calme, j’aurai le temps de lire, prend quatre pulls et trois paires de collants, au cas où. Si il a oublié son chargeur, pas de problèmes, de toute façon, y a pas de réseau.

Il part en voiture parce que le train c’est vulgaire. Et puis comme, de toute façon, il faut se retaper trente minutes de route une fois arrivée en gare de La Souterraine (les noms n’ont pas été modifiés pour les besoins de l’article), autant se coller tout de suite dans l’habitacle et mettre la musique à fond « And I set fire to the raiiiiiiiin ».
On se dit qu’on va arriver pour le déjeuner, et puis quand on se rend compte que ça veut dire un départ horriblement tôt, on repousse à 11h, mais on décolle pas avant midi parce qu’on est sorti tard le vendredi soir et qu’on a trop de mal à se lever, la semaine était é-pui-san-te.

Du coup, on s’arrête au bout de trois quart d’heure sur l’aire d’autoroute du castor boiteux, s’acheter le fameux sandwich en triangle, goût poulet curry figé /pain tout sec / salade lyophilisée. On saupoudre de chips, et on arrose d’un coca. Le caissier nous entreprend sur le temps qu’il fait, on le regarde d’un air dédaigneux, d’où il me parle avec sa veste Esso et son air de pechno ?

On repart, on appuie sur la pédale d’accélérateur, parce que bon, les limitations de vitesse, c’est vraiment pour les provinciaux qui ont eu leur permis sur une départementale en doublant tout juste un tracteur. En sortant de l’autoroute, on s’enfonce dans les terres et comme à chaque fois, on trouve ça beaaaau, c’est vert, c’est vallonné, et il y a un truc précieux, qu’on avait oublié, l’horizon ! On emprunte des routes cahoteuses en priant pour ne pas croiser un autochtone motorisé qui ne jugera pas utile de ralentir et manquera de près de vous tailler un short. On freine brutalement devant une énorme bouse de vache, en se demandant qui va gagner, vous ou elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En arrivant, on respire un grand coup en lâchant un « Aaaah le bon air ! » puis on court se réfugier à l’intérieur à cause du froid (si c’est l’hiver) ; des bestioles (si c’est l’été) ; du pollen (si c’est le printemps) ; de la nature (à n’importe quel saison). Là, on attaque le marathon bouffe, tu reprends pas de troisième apéro, t’es sûre ? A Paris, au bout de trois mojitos, t’es complètement pompette, à la campagne, tu apprends le véritable sens de l’expression confit dans l’alcool. Confit dans la bouffe aussi : la bonne viande limousine, le pâté de pomme de terre (genre de tourte feuilletée. Décadent.), la terrine de foies de machin bizarre. Bon, il y a quand même une salade… avec le fromage. Le quota calorique explose l’ensemble de ceux des journalistes de Elle, c’est évident.

Comme on a enchaîné sur ce Côtes du Rhône tout à fait fameux pendant le repas, il est grand temps d’aller faire une sieste, il est déjà 16h30. On se réveille la bouche pâteuse, ne sachant plus où on est, pile à temps pour attaquer l’apéro du soir. On ne dessaoule pas du week end en travaillant ardemment à l’augmentation de son taux de cholestérol.

On tente un bout de conversation avec nos pairs, on nous raconte le vêlage d’une chèvre la nuit dernière, photos à l’appui, là c’était avant qu’il ne lui remette les tripes à l’intérieur. L’apéro ne passe plus, ni les feuilletés apéritifs (tout est feuilleté dans ce pays ou quoi ?). Il vous faut un peu d’air, personne ne veut aller se balader, on vous indique la forêt d’un geste vague. La forêt ? Non, mais ça va pas ? C’est un coup à se perdre au bout de cinq minutes, et c’est pas en GPRS que vous trouverez du secours. Non, non, une bonne petite route goudronnée bien droite, ça ira très bien pour commencer.

Le week end passe très vite – surtout quand on ne se souvient pas de la moitié – , et il est déjà temps de repartir. On refuse poliment trois fois un tupperware, en pensant à la semaine detox raisin/thé vert qui nous attend et on reprend la route. Plus personne ne chante, on somnole, on rêve de chèvres feuilletées et de forêts en pomme de terre. Larguée sur le boulevard Raspail, on reprend contact avec Paris, on inspire en se disant qu’on est bien rentré, on bouscule le premier passant venu, pour le plaisir d’avoir quelqu’un à bousculer. On pense à finir son week end sur un ciné, le type au contrôle vous regarde, vous et votre sac de voyage d’un œil torve ah ça va pas être possible avec Vigipirate, Mademoiselle. Vous arguer qu’il n’y a rien de dangereux, à peine un saucisson et un camembert, sortez Mademoiselle, s’il vous plaît.

 

Une bonne raison d’avoir foi en l’humanité : tous les économistes (atterrés, ATAC, fondation Concorde, droite, gauche…)  de tous bords ont décidé de se réunir en mettant leurs divergences de côté pour travailler ensemble, entamer un débat, et réfléchir. Plus d’infos .