Maman à Paris, c’est pas tous les jours !
Alors j’ai sorti ma plus grande patience, celle que je réserve habituellement… à ma mère justement, et nous sommes allées au Grand Palais voir l’expo Jean-Paul Gaultier. Le Grand Palais, c’est pas trop mon copain, souvenez-vous, souvenez-vous encore. Mais en ayant réservé des coupe-files, prévu des rations de survie, sorti mes chaussures les plus confortables, et ma robe la plus légère pour ce vendredi étouffant, je crois qu’on était paré. Comme c’était un vendredi après-midi, qu’il faisait effectivement très beau et très chaud, et que les vacances scolaires avaient à peine débuté, nous avons eu de la chance et sommes entrées en dix minutes chrono.

Il y a foule mais rien d’ingérable. L’expo, proposée par le musée des Beaux-Arts de Montréal, commence de manière classique par la chronologie de Jean-Paul Gaultier, qui permet toujours de resituer les étapes importantes dans la vie de l’artiste. Ses débuts chez Pierre Cardin tout jeune homme, son arrivée tardive dans la haute couture, son nombre important de collaborations à des tournées de chanteuses, de costumes de films etc… La chronologie, c’est aussi l’occasion souvent des premières perles des visiteurs : « Tiens, il est né à Arcueil. – C’est où Arcueil ? – En banlieue. – Ah ? Comme quoi…»

On commence par sa jeunesse et un focus sur le film fondateur qui a tout déclenché chez lui, Falbalas de Jacques Becker (1944) avec Micheline Presle, puis ses obsessions de couturier, la marinière, l’image de la sirène. Les mannequins exposés dans cette salle racontent un peu de l’histoire de l’enfant terrible de la mode grâce à un procédé de vidéoprojection ma foi plutôt réussi où Jean-Paul Gaultier explique lui-même son amour de la rayure étroitement lié à l’enfance.

La scénographie est vraiment originale, un podium voit défiler des mannequins avec des pièces incroyables, le tout commenté par la voix reconnaissable entre mille de Catherine Deneuve, on peut assister à la projection d’un petit film installé dans des fauteuils de velours rouge à roulettes, comme des petites voitures de course, ou observer quelques modèles un peu moins habillés à travers des trous de serrure.
La salle du podium montre, en plus des mannequins tournants, deux périodes de Jean-Paul Gaultier, celle du swinging London, où la mouvance punk l’a largement inspiré et celle des stars qu’il a habillé, Catherine Deneuve, Amy Whinehouse, Grace Jones, Dita Von Teese…

Une chose notable dans l’univers de la mode : Jean-Paul Gaultier a fait défilé toutes sortes de femmes, grandes, petites, grosses, maigres, noires, blanches, plantureuses ou androgynes. Une corde de plus a l’arc de son immédiate sympathie.
C’est vrai, je ne sais pas vous, mais c’est un homme pour qui spontanément j’ai de l’empathie, il est toujours en train de se marrer, son univers est totalement foutraque, et il a l’air de se foutre de ce qu’on peut bien penser de lui. Je l’ai vu dans Paris dernière en rentrant à Lyon tard après l’expo, je n’ai pas la télé et quand je l’ai sous la main, je ne regarde jamais cette émission, il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, comme disait Eluard. Il répondait aux questions du type, décrivait sa tenue, qui n’était pas du Jean-Paul Gaultier, son parfum non plus et avait ses grands yeux d’enfant, rieurs toujours.

Une bonne raison d’avoir foi en l’humanité : Il en agace beaucoup mais moi j’adore entendre Luchini le matin sur France Inter.