J’inaugure une nouvelle rubrique ici, L’Obsession.
Régulièrement, j’ai des obsessions. J’écoute un album en boucle et en boucle, je ne peux plus me passer d’un aliment, d’un resto, je me damnerais pour la tarte aux fraises d’une pâtisserie, je suis fascinée par un bâtiment devant lequel je passe tous les jours, je me relève la nuit pour regarder une série. Ça peut prendre toute la place.

Ma première obsession, c’est un livre. Bien sûr.

Ça s’appelle Lettres à Anne, et à moins de revenir d’un trip de six semaines en Amazonie, ou de ne jamais écouter les ondes de Radio France, vous ne pouvez pas être passé à côté. François Mitterand a entretenu une longue relation avec une femme, Anne Pingeot, ils ont eu une fille ensemble, Mazarine. Ça, c’était si vous êtes amazonien. De 1962 aux derniers jours de sa vie, en 1995, il n’a eu de cesse de lui écrire. 1 200 lettres. Mille deux cent lettres. Rassemblées en un volume par les éditions Gallimard.

La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, je n’en revenais pas. Qui encore aujourd’hui, écrit 1 200 lettres à l’être qu’il aime ? Des textos, quelques mails, un ou deux tweets, mais des vraies lettres, qui ? Et puis, cette histoire a quand même quelque chose de fascinant. Pas si loin de nous, un couple illégitime s’est aimé pendant des décennies, dans un silence consenti. Elle, Anne Pingeot est un personnage incroyable. On n’hésitera pas d’ailleurs à réécouter les seuls entretiens qu’elle a donnés, à Jean-Noël Jeanneney sur France Culture. Son rire d’adolescente nous donne l’impression que, quand il s’agit de lui, elle a toujours 19 ans à Hossegor.

Ce livre est fixé sur ma table de chevet pour un moment, ses 1 200 pages étant proprement intransportables, et je m’y plonge avec délice chaque soir, attirée par cette sublime photo en guise de bande, elle, dans l’ombre, de dos, lui dans la lumière, mais en-dessous d’elle, et quasiment un genou à terre.

Lettres à Anne 1962-1995, François Mitterand, Gallimard