J’ai 30 ans, je suis parisienne, il fallait bien que je trouve quelque chose pour faire l’intéressante. Alors quand deux de mes collègues ont dit viens on essaye d’arrêter de manger du gluten pendant une semaine, comme je n’avais rien de mieux à faire, j’ai dit oui. Ils ont respectivement craqué au bout de 10h et de deux jours, et moi ça fait deux mois, six jours et dix heures.

Le gluten, pour faire vite, est surtout présent dans la farine de blé, donc vous oubliez le pain, les pâtes et les pizze. Le meilleur, quoi. Ah non, il reste l’alcool (mais pas la bière) ! Et le fromage, la charcut’ et le chocolat, ça, vous avez droit. Pour les puristes, le gluten se traque aussi dans les plats cuisinés, les sauces toutes prêtes, et même les frites surgelées.

Si vous ne faites pas partie de ce grand élan collectif qui prend un parisien sur trois, vous devez commencer à penser que je suis restée un peu trop longtemps sous le casque chez le coiffeur, mais non je vais bien. Je vais mieux, même. Depuis l’arrêt du gluten, je me sens légère, je n’ai plus jamais les maux de ventre qui me prenaient plusieurs fois par semaine, je dors mieux, j’ai perdu du poids alors que je mange autant, bref, mon confort de vie s’est nettement amélioré. Ma vie sociale, bon, c’est compliqué.

Je ne suis pas une revendicatrice du gluten free, je ne cherche à convertir personne, même si bon, on parle des techniques barbares d’abattage des animaux, mais celles du gluten, on en parle ?! Non, vous voyez, je ne suis pas convaincante. Mais malgré moi, je me retrouve un peu porteuse du message. Je suis obligée d’expliquer tout ce que je viens de vous écrire, parfois même de réexpliquer, de dire oui, j’arrête toujours le gluten. 

Ça donne aussi lieu à des scènes légèrement caricaturales. En plein Saint-Germain-des-prés, je croise un collègue en allant déjeuner qui me lance « 100% gluten Diane ce midi ? » Ce à quoi je ne manque pas de répondre « Oui, 100% ». Si Loïc Prigent nous avait entendu…

Par contre c’est bien gentil, mais pas de pâtes pas de pain pas de bières, la vie ne mérite pas tous ces sacrifices. J’ai trouvé des pâtes sans gluten très facilement, la bière, ça c’est un peu corsé. Après une Peroni peu convaincante, j’ai trouvé par hasard une très bonne bière sans gluten dans un resto thaï à Châtelet. Moins facile d’accès que le troquet d’à côté.

 

Pour le pain, je n’avais pas le choix, j’étais obligé de mettre les pieds dans un magasin bio.
L’expérience du « retour à la terre » (c’est le nom du biocoop à côté de chez moi) a été ma foi… une expérience. Déjà le mot terre, moi, ça me fait un peu flipper. J’imagine une étable et du vert. Niveau odeur, on y était à peu près.
Et vas-y que je te vends des trucs en vrac dans des sachets en papier recyclé, et des huiles essentielles et des paniers bio, de la farine à tout, des paquets de gâteaux sans gluten, sans lactose, sans œufs, sans goût quoi. Je peux vous dire que le business du sans gluten a de beaux jours devant lui, 4,50€ le pain à la farine de châtaigne, 6€ le paquet de chips saines. Bref, ça sent les pieds et les vendeurs n’habitent pas à Paris, pardon, mais c’est pas possible, ils ont l’air beaucoup trop heureux pour ça.

Dans mon entourage, on se moque gentiment. Roger est pas content, sa passion des burgers qu’on ne pourra plus partager sans doute ! On me regarde d’un air incrédule genre ouais ça lui passera. Mais maintenant que le premier morceau de gluten me file un mal de bide pas possible, je suis un peu coincée. Je vous dis pas la tête de ma mère à Noël !