Depuis bientôt huit ans de vie parisienne, il y a des choses que j’adore, la diversité des restos, pièces de théâtre, expos, cinés en tout genre, les endroits qui ouvrent constamment, à toute heure et dans tous les coins, les lieux qu’on garde secret, les rues où l’on a vécu, vécu des histoires, ou juste passé un bon moment. Et puis il y a des choses que je n’aime pas ou plus. Le métro par exemple. Surtout le matin. Et le soir pas trop. Et le week-end, vous avez remarqué comme c’est bruyant ? Normal, les gens sortent en bande, ils ne font pas qu’aller au boulot. Bref, le métro, très peu pour moi ces derniers temps.
Les moments de grâce arrivent pourtant. Comme ce super guitariste que je croise souvent au départ de la ligne 2 à Nation, après 23h en général, qui donne envie d’habiter Porte Dauphine. Ou cette femme qui chantait seule comme ça sur un quai de Place d’Italie et qui a fait se taire toute l’assemblée.

Avec mon nouvel appart, j’ai trouvé un bus qui me dépose assez près du boulot pour ne pas avoir l’impression de vivre une épopée tous les matins, mais assez loin pour avoir l’impression de me bouger au moins une fois par jour. C’est la deuxième fois que ça m’arrive, d’avoir un bus qui m’emmène au travail, la première fois c’était dans le XVe.

Quand on est habitué aux corps parfaits, aux visages angevins des pubs du métro, et à lever les yeux vers les minutes restantes pour bien éviter de regarder la misère ou la différence, dans le bus c’est plus difficile de les éviter. Dans le 39, qui venait d’Issy-les-Moulineaux et m’emmenait jusqu’à Saint-Germain, avant de poursuivre sa route vers Gare du Nord, il y avait cet homme presque tous les matins, qui avait un handicap physique assez lourd et était l’homme le plus bavard du bus. Il saluait chaque personne y entrant, faisait la bise à certaines dames qui le connaissaient bien. Ils discutaient alors ensemble jusqu’à son arrêt de Sèvres-Babylone. Il avait une passion sans bornes pour les chaussures et ne manquait pas de me féliciter lorsque j’arborais un nouveau modèle.

Le bus c’est aussi un truc pour les moins de 18 ans, dans le XVe, c’était des préados, un peu bruyants même si je ne me lassais pas de leurs histoires de collège.
Dans le XXe, c’est plutôt les écoliers avec leurs néo-parents, plus encombrants. Au choix, on trouve la poussette Yoyo, ou les enfants sur deux pattes, qu’il serait de bon ton de laisser s’asseoir, les pauvres chérubins n’ayant pas encore acquis le sens de l’équilibre. Moi non plus cela dit, et j’emmerde personne. Mais bon.

Mon bus n’est pas comme les autres, il a des défauts bien sûr.
D’itinéraires pour commencer, traverser la place de la Bastille n’étant pas toujours un parcours de santé, ni pour le conducteur qui échauffe ses nerfs, ni pour ses passagers qui éprouvent la résistance de leur petit-déjeuner dans leur estomac.
De conducteurs justement, souvent des hommes, une ou deux femmes de temps en temps. Ils sont toujours très courtois avec moi, moins avec les autres « circulants », particulièrement les cyclistes. Faites un trajet côté fenêtre et trottoir, c’est à vous vacciner du Vélib’ pour un moment.
De passagers bien sûr, l’enfer c’est les autres hein. Je ne vais pas vous faire l’éternelle litanie des mamies qui vous brandissent leur carte d’invalidité et les gens qui hurlent dans leur téléphone. Mention spéciale aux colleurs de chewing-gum entre les sièges, et à l’affreux blondinet qui court partout.

Mais mon bus, c’est aussi et surtout le grand air, la lumière du jour même quand il fait degueu comme aujourd’hui, les immeubles et les gens qui défilent, la ville qui se réveille. Qui se réveille oui, le bus ça se prend tôt sinon c’est juste un transport parisien comme les autres, la circulation en plus. Pas non plus aussi tôt que Dutronc, même si je vois des camions plein de lait, des balayeurs plein de balai, et du café dans les tasses.
C’est mon bus parce que je le prends jusqu’au terminus et qu’il n’y a parfois plus que moi, ça devient alors un peu le mien. Je connais la douce voix de la régulatrice de la ligne qui informe des ralentissements et déviations. Attention, Faubourg Saint-Antoine avant la Bastille, déménagement sur la voie, soyez prudents ! 

Et puis sortir du bus, traverser la Seine, embrasser d’une seul coup d’œil à 360° Notre-Dame, Montparnasse au fond, et la Tour Eiffel, croiser l’homme qui se rase en marchant, les mariés asiatiques en plein shooting photo devant l’Académie et pas plus tard que ce matin, une installation pour ce que je suppose un défilé de la Fashion Week.

 

Le bus c’était déjà un peu mon dada, quand je l’ai découvert ou quand il m’y arrivait quelques aventures. Un jour, peut-être, je vous raconterai la fois où j’ai embarqué Roger au fin fond du 16e pour une balade en bus.