Les réseaux sociaux vous font parfois faire des choses étranges
C’est, par exemple, à cause de l’un d’eux que j’ai eu vent de la projection des Demoiselles de Rochefort. Un dimanche. A 11h30. Et pas du tout à côté de chez moi.

C’est le moment d’avouer que les Demoiselles de Rochefort, c’est un de mes films préférés. Le genre de films que j’ai vu au moins cinquante-quatre fois, au point d’user la cassette vidéo. Oui tu sais la cassette vidéo, le truc qui faisait un bruit de machine en programme essorage quand tu la rembobinais et qui donnait des signes de faiblesse au bout du dixième visionnage. L’époque où tes potes venaient te chercher chez toi en sonnant à l’interphone, ou appelaient sur le téléphone fixe à la maison bonjour madame, est-ce que je pourrais parler à Diane s’il vous plaît ?
Une copine de ma mère me l’avait prêté à l’âge où ma cassette vidéo de Mary Poppins, elle, commençait vraiment à s’user.
Un léger tropisme sur la comédie musicale, je le concède. Je connais toutes les chansons du film par cœur, je voue une passion pour Catherine Deneuve depuis, et, avant même de revoir le film, des images étaient toujours gravés dans ma mémoire, la place de Rochefort, le magasin de musique de Monsieur Dame, des répliques cultes votre combinaison dépasse ; on n’est pas aux pièces

Alors quand j’ai vu que le ciné-club Parler ciné organisait une projection des Demoiselles, j’ai été aveuglé par ma passion secrète pour ce film et j’ai donc mis mon réveil un dimanche matin. Je n’étais pas seule dans cette aventure, puisque deux copines, moins une qui n’avait sans doute pas mis son réveil assez fort, elle, m’ont accompagnée.
Comme toute personne normalement constituée, et n’ayant pas à travailler ce jour-là, le dimanche, je dors, je traîne, je lis, je bois des hectolitres de thé avant de me propulser au marché rejoindre Aurore, acheter une botte de carottes qui pourrira à moitié dans mon frigo, et discuter deux heures au café.
Du coup, quand ça veut pas, ça veut pas. J’ai mis mon réveil trop tard, mais j’ai quand même tenu à descendre acheter du pain et à petit-déjeuner pendant trois-quarts d’heure, prendre une longue douche, et mettre vingt minutes à choisir comment m’habiller. Pour un ciné un dimanche matin.
Une fois descendue dans le métro, la ligne 4 ne marchait pas, j’ai changé deux fois de quai, je ne savais plus dans quelle direction aller. J’ai fini par prendre un RER, descendre à Saint-Michel et marcher à peu près autant de temps que celui du voyage pour simplement trouver la sortie. Ensuite, j’ai slalomé entre les touristes et les lève-tôt du boulevard Saint-Michel sans renverser un seul gobelet de Starbucks pour arriver haletante comme après un marathon, c’est dire s’il faut que je retourne au sport, avec quinze minutes d’avance. Dans ma tête, ça allait être blindé de monde, comme chaque fois qu’il se passe un truc sympa à Paris. Dans la tête des parisiens, c’était dimanche matin, et donc ça se passait dans leur lit.

Et bien malgré mes nombreux visionnages, c’était la première fois que je voyais ce film sur un grand écran. Remasterisé sous la direction d’Agnès Varda, le film a retrouvé toutes ses couleurs, le rose puis le bleu, couleurs dominantes, le jaune, le rouge ensuite. Ça jaillit de partout. D’autres répliques me reviennent à mesure que le film défile, Catherine Deneuve qui dit d’un air si las aujourd’hui, je me sens quotidienne, Danielle Darrieux qui voulait vivre l’amour au bord du Pacifique.

Le modérateur a resitué le film avant la projection, juste avant 1968, à l’aube de changements majeurs, la fascination de Demy pour les comédies musicales, West Side Story en tête, d’où la présence de Gene Kelly ou Georges Chakiris, ou pour les contes de fée. Le film devait à l’origine être un hommage à Picasso et s’appeler Les Demoiselles d’Avignon. C’est également un film culte à cause de Françoise Dorléac, sublimissime, décédée quelques années plus tard. A la fin, un échange entre lui et les spectateurs (conquis et très très très enthousiastes) a permis d’approfondir les grands thématiques du film, sans prise de tête, la rencontre, le hasard, la recherche du partenaire idéal, de l’idéal féminin comme dit Jacques Perrin tout le long du film.

J’ai adoré revoir ce film, je suis sortie de l’enfance avec ce film je crois, j’y ai des références si ancrées en moi que j’avais oublié d’où elles venaient. J’étais aussi contente de le montrer à Muriel, comme un trésor que l’on partage, une part de soi que l’on dévoile.

Il y aura ainsi une projection un dimanche par mois et la thématique récurrente sera le couple, quoi d’autre après tout ?
La prochaine aura lieu le 16 octobre, et ce sera Le Mépris de Jean-Luc Godard, alors vous venez ?

 

Cycle Parler ciné, toutes les infos ici.
Hasard toujours, du calendrier cette fois, j’apprends en écrivant cet article qu’Anne Germain, qui avait doublé Catherine Deneuve pour les chansons du film s’est éteinte aujourd’hui.