Si l’on me suit depuis quelques temps, on saura que j’ai un amour inexplicable pour le métro. Sachez que récemment, j’ai développé un intérêt tout aussi étrange pour le bus. Prendre le bus à Paris, c’est toute une histoire.

Premièrement, vous noterez que généralement, le bus est une solution de repli (métro en panne, pluie torrentielle, balade avec Mamy qui fatigue). Qui irait volontairement se coller au milieu des embouteillages, subir les freinages brutaux des chauffeurs dopés à la mauvaise humeur de l’ensemble des parisiens : du passager malpoli aux conducteurs de tout type de véhicule, motorisé ou non ?

Je ne prends pas le bus. Le seul bus que j’ai jamais pris régulièrement les deux premières années, c’était le 61 qui me trimbalait moi et mes valises entre Gare de Lyon-Diderot et Charonne-Keller. De temps en temps le 76 quand je rentrais un peu éméchée de chez Anne ou Marianne et que mes jambes refusaient de me porter plus loin. Il y a certains chauffeurs qui doivent encore se souvenir de moi.

Je ne prends pas le bus parce que c’est beaucoup moins sûr que le métro, on est dépendants de la circulation, de la conduite de notre chauffeur (et c’est quelque chose de très aléatoire), et puis c’est flippant, on s’arrête où ? J’ai appuyé, là ? Il va me laisser descendre ou pas ?

Je ne prends pas le bus parce que je ne connais pas le réseau et les lignes ont toutes la même couleur, comment différencier le 61 du 65 ? Le 20 du 26 du 27, toutes oranges (encore un graphiste aveugle) ? Je n’ai pas de repères, là où je prends les couloirs de République les yeux fermés. Le bus pour moi, c’était un truc de retraités ou de chômeurs. Comme j’ai eu l’occasion d’intégrer la deuxième catégorie quelques mois, et de côtoyer des chômeurs aguerris du bus, et bien le bus est devenu mon ami. Que ne ferais-je pas pour vous, sérieusement ?

Le premier truc à savoir avec le bus, c’est que si vous avez un impératif, un rendez-vous, un train à prendre, des enfants à aller chercher, ce n’est pas la peine. Par contre, si vous possédez cette denrée précieuse et de plus en plus rare qu’on appelle le temps, sautez dans la première ligne et laissez vous porter par le ronron du moteur. Le bus, c’est quand même un moyen inédit de croiser tout un tas de parisiens inhabituels, les mamies qui vous brandissent leurs cartes d’invalidité sous le nez, les mères de famille en bande et en poussettes. Les touristes, aussi, qui passent assez de temps à Paris pour se permettre le luxe de perdre une heure pour faire Opéra-Saint-Sulpice.

Le bus, c’est également un formidable outil sociologique. Essayez un jour de prendre le 31 d’un bout à l’autre, montez à Charles de Gaulle-Etoile, observez les bourgeoises bien mises qui descendront entre Wagram-Courcelles et Jouffroy d’Abbans-Malesherbes; laissant leurs places aux mamas africaines qui s’interpellent en Bambara, Sénoufo ou Swahili entre Guy Môquet et Château-Rouge. Une parfaite illustration des clivages sociaux et du fossé Est/Ouest tout à fait parisien. Ou pourquoi le 66 se blinde dès Saint-Lazare pour se vider aux Batignolles ? Pour que ces messieurs-dames du 17e ne se mêlent pas à la populace de la puante ligne 13. Dans le 66, on est tous collés mais on transpire le Chanel. J’exagère.

En collaboration avec le Pavillon de l’Arsenal, la RATP a même mis en place Archi Bus, une série de guides concernant quelques lignes de bus aux parcours architecturaux notables. Il m’aurait fallu encore quelques mois de chômage pour toutes les tester mais je devrais disposer d’encore une après-midi ou deux. Je ne vois pas comment faire pour regarder l’immeuble indiqué, avoir le temps de lire le topo tout en restant à bord du bus, lancé parfois à pleine balle, mais c’est définitivement à essayer.

Le bus, quand on est pas prêt d’avoir son permis ou qu’on a mal aux pieds, c’est quand même un chouette moyen de découvrir Paris.

Je précise que cet article n’est pas sponsorisé par la RATP, mais qu’à bien y réfléchir, s’ils veulent m’offrir un ou deux mois d’abonnement, je ne dis pas non.

 

Le livre pour briller dans les dîners mondains : Je m’en vais, Jean Echenoz, Minuit