Blog lifestyle d'une parisienne à Paris

« Nous ne pourrons jamais expliquer ou justifier la ville. La ville est là. Elle est notre espace et nous n’en avons pas d’autre. » Georges Perec, Espèces d’espaces

 La lieutenancière (ou la tenancière du lieu si vous préférez, une contraction inspirée par une rue du quartier Bel Air, voir plus loin) m’a commandé un article sur le mois d’août à Paris. C’est bien me connaître puisqu’entre autres bizarreries j’apprécie cette période, le week-end du 15 en étant la quintessence. Mieux : je pense que tout bon parisien se doit de l’apprécier. Paradoxe : Paris n’est jamais aussi agréable que lorsque les parisiens l’ont déserté ! Abandonné aux touristes, direz-vous. Mais ils occupent, comme le reste de l’année, des îlots bien délimités qu’il vous suffit d’éviter — quant à ceux qui s’aventurent au delà, ils devraient avoir toute votre sympathie (comme cette coréenne égarée à l’angle de la rue Rambuteau et de la rue du Temple qui cherchait l’arrêt du 69 pour se rendre au Champ de Mars, et qui vous a remercié mille fois). Ailleurs, la ville est par endroits plongée dans un sommeil profond. (J’aime cette idée que la ville se repose.) Un pas de côté et vous seriez presque dans un roman de Modiano — un Paris souvent désert, propice à l’apparition de fantômes.

 Août, c’est un temps désœuvré, c’est vivre Paris sur un autre rythme, ralentir, être attentif. S’apercevoir par exemple qu’il y a un ciel au dessus de la ville et que parfois, à l’heure de l’angélus, depuis un jardin isolé aux arbres centenaires, on y entend des mouettes crier. Une expérience de réalité augmentée pour laquelle il n’est pas nécessaire de coller son nez sur son téléphone intelligent.

 Août, c’est une autre manière de parcourir la ville, de la redécouvrir, de se l’approprier. Un de mes passe-temps favoris est d’arpenter à pied, sans but précis, un quartier que je n’ai pas fréquenté depuis longtemps. Par exemple : descendez à la station Dugommier (12ème arrondissement) puis laissez-vous porter, le nez en l’air — attiré par une perspective, l’architecture d’un immeuble, le nom d’une rue — en évitant les grands axes (avenues, boulevards) que vous avez forcément déjà parcouru en d’autres occasions. Vous vous retrouvez ainsi à remonter la rue de la Brèche aux Loups (à ce propos, ne manquez pas d’aller voir au cinéma Rester Vertical d’Alain Guiraudie qui vient tout juste de sortir), prolongée par la rue Raoul (noter que la rue Roger, elle, est dans le 14ème). Vous vous dirigez maintenant vers la rue Lamblardie qui débouche sur la rue de Picpus et sans le vouloir vous croisez au large de l’hôpital Rothschild — ce qui vous rappelle Dora Bruder ; à ce petit jeu de la déambulation, il n’est pas rare de marcher dans un roman de Modiano ! Et puis après le passage Chaussin ce sont les rues de Toul, Louis Braille, avenue Michel Bizot (il faut parfois déroger à la règle), Rambervillers (qui bien que n’étant pas une impasse est coupée en deux par un escalier, ce qui en fait une rue remarquable car c’est une double-impasse d’un point de vue automobile — on pourrait s’amuser à chercher dans Paris d’autres cas semblables), Sahel (vous vous sentez d’un coup déshydraté), boulevard Soult (un maréchal des maréchaux, encore une dérogation), villa du Bel Air (si seulement) via le sentier de la Lieutenance (féminin de lieutenant à une époque où l’on féminisait les professions plus facilement qu’aujourd’hui !), un petit bout de l’avenue Saint-Mandé (passons) et vous voilà arrivé devant la rue du Rendez-Vous (un ancien rendez-vous de chasse au XVIIIème). J’ai toujours rêvé de donner un rendez-vous au café le Rendez-Vous, rue du Rendez-Vous… Cela aurait une certaine allure, non ? (Par contre si vous avez prévu de ne pas vous y rendre, l’allée des Lapins, située dans le même quartier, sera plus propice.)

 … Et bientôt les jours raccourcissent, la ville s’agite, la circulation se fait plus dense, les commerces rouvrent, il y a de la lumière aux fenêtres en face de chez vous, le parquet grince au dessus de votre tête. Il vous faudra patienter une année pour retrouver le sentiment de cet espace-temps si particulier.

D’ici là, bonne rentrée.

Comme ma rentrée à moi n’est que mardi, j’ai laissé le blog à Roger et sa belle plume, j’attends mon rendez-vous au café du rendez-vous maintenant.
Nous, on se retrouve la semaine prochaine, tous bien collés ensemble dans le métro.

 

Je suis en vacances. Pour encore 10 jours. Ouais c’est dégueulasse hein ? Et si je veux continuer d’aimer Paris, il me faut la quitter de temps en temps. Je laisse donc mon blog à deux hôtes de marque. Maude ouvre le bal aujourd’hui avec un sujet d’actualité brûlant, non pas celui-là, mais l’autre : la canicule. Vous vous reconnaîtrez forcément dans les expériences de ma copine. Bisous je retourne à la plage !

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Je viens de recevoir un sms de Diane avec un laconique « Et mon article au fait ? ». Un sms dans lequel, si la technologie était assez avancée, on entendrait Diane soupirer en l’écrivant et se demander pourquoi elle nous a fait confiance. Comme je n’aime ni faire soupirer Diane, ni trahir sa confiance, je fais un ultime essai de rédaction d’un article sur Paris (j’ai déjà trois échecs – voir plus – à mon actif).
Et c’est au doux son des ronflements de mon voisin que j’ai trouvé mon angle d’attaque : la canicule à Paris, comment la chaleur ne nous tue pas, ne nous rend pas plus fort, et nous donne des envies de meurtres…

Mon envie a commencé dans la nuit de mercredi à jeudi à 00h43, quand j’ai réalisé que mon voisin d’en face ronflait si fort que je me suis demandé s’il n’était pas dans mon lit. Et oui car la canicule à Paris ça donne la bonne idée à tout le monde de dormir avec les fenêtres ouvertes. Et entre le son des télés, des copulations et des ronflements, il est fort possible que certains perdent leur sang-froid (si tant est qu’on puisse avoir le sang froid par 30 degrés au thermomètre la nuit – je bluff certainement, je n’ai pas de thermomètre)…

Puis il y a aussi les transports en commun pendant la canicule. Déjà les transports en commun c’est pas facile en temps normal, surtout pour les moins d’1m50 – oui, pour nous, les senteuses d’aisselles –, mais pendant la canicule c’est quand même un cran au-dessus. Quand le soir sur le quai tu es aussi fraîche que possible après une journée à 35 degrés, et que d’un coup tu entres dans le wagon et que tu te mets à transpirer à grosses gouttes juste parce que le simple fait de respirer te donne des suées, ta dignité prend un coup de chaud !

Pour ne pas passer pour une amie de Diane qui, en plus de rendre son article en retard, râle tout le temps, je conclue quand même sur les choses très sympas à Paris pendant la canicule : les pauses-glaces au bureau (merci Grom), les parcs, les terrasses et les piscines, mon voisin qui arrête de ronfler au moment où je termine cet article, et l’heureuse sensation d’avoir quand même un peu vu le soleil même sans être partie en vacances.

Petit +, les trucs et astuces de ma collègue Camille pour se protéger du chaud é-co-lo-gi-que-ment :

Mettez une bouteille au congélo jusqu’à transformer l’eau en glaçon. Déposez la bouteille dans une coupelle et portez le tout devant un ventilateur. Allumez le ventilateur et vous découvrirez la clim !

Prenez des dossiers (comptables de préférence) de différentes couleurs (parce que c’est plus joli). Posez-les en équilibre devant votre fenêtre et vous aurez des rideaux faits maison !

En dernier recours, vous pouvez utiliser quelques deniers pour acheter le brumisateur rechargeable à remplir vous-même (placement produit) !

Bel été à Paris !

J’ai des invités régulièrement, souvenez-vous, souvenez-vous encore

 

Je tiens bon la barre et le vent, et même un peu la pluie. Encore quelques jours avant les heures de lectures sous le parasol, les bagarres dans la voiture pour la musique et les apéros à rallonge. Je suis une aoutienne tardive et je n’ai pas boudé mon plaisir d’être à Paris en juillet.

 

J’ai eu l’occasion d’arpenter la ville pour le travail, d’aller au bout de certaines lignes, la 1, la 9, de m’aventurer dans les villes cossues du 92, de traverser la gare de Lyon un jour où je n’avais pas de train à prendre et de slalomer entre les valises en partance et les coups de soleil de retour, d’aller déjeuner dans mes cantines du 19e entre deux rendez-vous etc etc…

 

Mon frère m’a rendu visite, on a bu des cocktails dans des bars encore ouverts mais gentiment désertés par les parisiens, on s’est baladé au Parc de Bercy, on a discuté des heures en buvant des bières sous une chaleur assommante et bien sûr, on a très très bien mangé. Je lui ai fait découvrir mes bons spots, et lui les adresses où bossent ses copains.

 

Et puis, j’ai quand même fait une escapade de quelques jours dans le Sud-Ouest, au fin fond du Lot-et-Garonne, à Couthures, un petit village au bord de l’eau qui accueillait le premier festival de journalisme vivant. Trois jours de rencontres autour de thématiques telles que l’Iran, les prisons, les révolutions alimentaires, le terrorisme. Trois jours où j’ai appris mille et une choses sur le quotidien d’un détenu en Norvège, où j’ai vibré au son du récit d’un dessinateur iranien en exil, été émue par l’histoire d’Anaïs qui se bat pour son hectare de terrain, appris à choisir un vin naturel ou en bio-dynamie. Trois jours où j’ai discuté, échangé, bu des verres et écouté des concerts. Trois jours où dans le train du retour, quelqu’un me dit tiens on a pas ouvert un journal du week-end, c’était vrai et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression d’être si bien informé qu’aux Ateliers de Couthures. Alors merci, et à l’année prochaine !

 

Toutes les bonnes adresses sont dans mon blog, et pour tout savoir sur ce superbe festival, c’est par ici !

 

La mise en marche des vacances semble bien amorcée, et qui dit vacances dit souvent lectures de vacances.
Paris est à moi a encore quelques semaines à attendre avant les siennes, même si le blog va prendre ses quartiers d’été et publier tous les 15 jours. Il y aura aussi un peu de Roger, et d’autres surprises.

En attendant, je vous donne quelques conseils de lecture.

Tout sur le Ritz – Claude Roulet – La Petite Vermillon
A l’heure de la réouverture de ce palace après deux ans de travaux, Claude Roulet qui y a travaillé 25 ans, nous raconte l’histoire de César Ritz, l’évolution de l’hôtellerie, les petites et grandes anecdotes de cet hôtel mythique. C’est amusant, et la petite histoire de l’évolution des mœurs et des manières de voyager se révèle très intéressante.

La Grande Arche – Laurence Cossé – Gallimard
Combien de fois depuis que vous vivez à Paris vous êtes-vous dit tiens si j’allais voir l’arche de La Défense ? Zéro, hein ? Moi aussi. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie de me farcir 350 pages sur la construction de la Grande Arche. Il y a eu quelques moments d’ennuis, mais Laurence Cossé sait raconter les tractations politiques, les enjeux économiques, et une société française qui se transforme sous nos yeux.

La Station Saint-Martin est fermée au public – Joseph Bialot – Points
Dans la 9 direction Pont de Sèvres, entre les stations République et Strasbourg-Saint-Denis, il y a ce qu’on appelle une station fantôme, la station Saint-Martin, fermée en 1939. Joseph Bialot la prend pour décor. A la fin de la guerre, un homme rescapé d’Auschwitz tente de rassembler ses souvenirs à travers cette station de métro. C’est formidablement écrit, c’est bouleversant.

 

Bon, il n’y a pas que Paris dans la vie, il y aussi l’Italie !

L’Italie si j’y suis – Philippe Fusaro – La Fosse aux ours

Palermo Solo – Philippe Fusaro – La Fosse aux ours

Palerme est un oignon – Roberto Alajmo – La Fosse aux ours

Allez-y les yeux fermés, sur les trois. Ce sont d’excellents livres. L’Italie si j’y suis, c’est Dominico Modugno dans vos oreilles, le sable, l’Alpha Romeo Giulietta Spider au volant de laquelle Sandro emmène son jeune fils Marino dans un été sur les routes de l’Italie. La dolce vita pas clichée, un régal ! Palermo Solo est un peu plus mélancolique, mais découvrir Palerme avec les yeux de ce baron et de Fusaro, avoir envie de prolonger avec Palerme est un oignon, vouloir y passer quelques jours, dans cette ville aux mille facettes, mille peaux. Après Venise, l’été prochain ou hors-saison peut-être.

Bel été !

Paris, le 25 juin. Déjeuner en terrasse. L’été est devant nous, plein de promesses. Rappelez-vous, vous avez déjeuné avec votre pote/camarade/compagnon d’insolite, vous avez devisé de choses et d’autres, profité des rayons de soleil, de la bonne mine que vous alliez bientôt pouvoir arborer. Et puis vous vous êtes dit à dans deux semaines ? 

Et aujourd’hui, cette semaine, depuis dix jours environ, vous commencez à penser que ça fait vraiment longtemps que vous ne l’avez pas vu cette fameuse pote. Et bien, c’est normal, c’est le :

Kezaco ? Un syndrome. Qui touche tout le monde entre le 20 juin et le 10 septembre. Moins qu’un syndrome, c’est peut-être plus une faille spatio-temporelle dans laquelle nous tombons tous. Pourtant, nous n’avons pas dix semaines de congés, que l’on passerait en plus hors de Paris. Moi non, en tout cas.

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances, voilà un gros sujet de conversation, y a même deux benêts qui en ont fait une chanson, c’est pour dire. Dès mai, c’est la grande question. Et comment voulez-vous vous souvenir que Marine est dix jours en Italie, rentre une semaine et repart dans le Périgord trois semaines ; qu’Eric n’est pas là du 15 juin au 15 juillet, et que Pénélope part en treck en Alaska ? Bref, vous voyez le topo. Si vous commencez à penser qu’avec les ponts du 14 juillet, du 15 août, certains seront là, d’autres pas, l’un, l’autre ou les deux week end, autant ouvrir un doodle géant tout de suite pour l’été 2015.

 

Ce que je crois, c’est qu’en plus de ne pas avoir une mémoire assez grande pour retenir tout ça, c’est notre corps qui fait un black out. Entre les déjeuners, apéros, goûters, dîners, les fêtes, qui défilent de septembre à mai, il arrive un moment où l’on n’a plus envie de rien faire. D’ailleurs, pour les quelques personnes que vous avez vu cet été, rappelez-vous que les restos que vous avez partagé étaient vides et que ça avait un goût tout particulier, un brin jouissif.

Et puis, il se passe toujours quelque chose à Paris, même l’été.
Cet été, j’ai appris l’existence du mot colostrum. Vraiment, si vous ne savez pas ce que c’est, n’allez pas vérifier sur Google, croyez-moi, c’est crade. J’ai redécouvert les vacances en famille, croisez une foule de femmes enceintes, j’ai bronzé. Un peu. Mais déjà plus que les 27 années passées cumulées.
J’ai lu le Carrère, vu les Combattants, le soleil à Paris, arpenté des quartiers déserts, peuplés de boutiques abandonnées. J’ai eu de la place au resto, mais pas au rooftop à la mode, me suis assise dans le bus tous les matins, et dans le métro tous les soirs. J’ai quand même galéré à trouver une place pour mon vélib le soir, aux alentours de minuit, j’ai vu un film en plein air à la Villette, mais me suis dispensé de Paris Plages.

Alors si toutes les conversations de vos prochains verres commencent par « ça fait pas mille ans qu’on s’est pas vus ? », pas d’inquiétude, c’est juste le black out summer.

 

Le film pour briller dans les dîners mondains : Paris au mois d’août, Pierre Granier-Deferre, 1966