Votre attention s’il vous plaît, nous sommes retenus à quai une minute environ.

Une minute. À quel moment notre société a dérapé pour qu’il soit devenu nécessaire de prévenir de ce genre de choses ? Attention, dans votre journée, vous vous apprêtez à perdre une minute. 1 440 minutes en 24h, environ 960 éveillées, et pas de bol, là, à la station Strasbourg Saint-Denis, sur ce quai il est vrai pas tout à fait propice à l’évasion, vous allez resté coincé une seule et unique minute.

Une minute. Des décennies pour devenir moine zen, des années pour écrire une thèse, des mois pour créer un être vivant, des semaines pour faire pousser des tomates, un temps infini pour faire comprendre qu’une bagnole à Paris quand ce n’est pas pour ton travail, ça ne sert à rien et nous, parisiens, ne sommes pas capables d’attendre une minute sans en être informé.

Une minute. Avez-vous remarqué, quand le métro s’arrête dans un tunnel, il y a toujours quelqu’un pour souffler. Comme si on allait rester coincés là trois semaines.
Neuf ans de vie parisienne, j’ai entendu une fois qu’une rame de la ligne 1 était restée quelques heures dans un tunnel. La RATP à plein de défauts, et je ne parle même pas du RER, mais il y a toujours cinquante autres façons de s’en sortir que de rester sur la ligne encombrée ou accidentée.

Une minute. On pourrait prendre cette minute comme un cadeau. Se dire chic, une minute rien qu’à moi qu’on m’offre pour respirer, méditer, repenser à un souvenir sympa, joli. Ou faire un truc marrant, réciter sa table de 8, compter le nombre de personnes dans le wagon et se dire à quoi on peut jouer avec ce nombre-là. Une minute pour ne rien faire, une minute pour ne penser à rien.
Une minute à soi.

 

Le point troquet :
Pourquoi les troquets parisiens s’obstinent à vendre une fortune de l’eau chaude avec du mauvais thé et surtout pourquoi des théières en inox avec lesquelles tu t’exposes à de sérieux risques de brûlure au troisième degré ?

Le pont des Arts :
J’ai vu Un beau soleil intérieur cette semaine. Juliette Binoche y est littéralement sublimée par Claire Denis et Depardieu tient un rôle incroyable qui frise le génie.
Par contre, Roger et moi on est pas d’accord. La topographie des lieux n’est pas respecté, ça m’a énervé, lui non. Exemple : Nicolas Duvauchelle quitte le théâtre de la Colline (Paris XXe, métro Gambetta) et se retrouve dans la station Kléber (Paris XVIe). Rien à voir, non ?
Bon, en l’écrivant, je m’aperçois que c’est peut-être pas si grave. Et surtout que je serai, sur ce point, plus relou que Roger. Et ça, c’est pas bon signe.