Mardi soir. Angle boulevard Saint-Michel/boulevard Saint-Germain, je dois retrouver Marianne au QG du Vapeur à Saint-Lazare. Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, mais le métro, j’en ai jusque là. Et puis je bosse dans un quartier cerné par les bus allant dans toutes sortes de directions. Vingt minutes et vous voici là à Belleville, ici dans le Marais, ou plus loin à Mouton-Duvernet. Oui, pourquoi pas Mouton-Duvernet, c’est tellement exotique comme nom que c’en est plein de promesses.

Prendre le bus plutôt que de me faire bousculer sur le quai de la 4, avancer comme un escargot dans l’escalier menant à la 14 arrêt Châtelet en pestant contre la race humaine et les plans de construction de la ratp. Le 27, qui a un itinéraire plus foireux que son camarade à la même destinée le 21, se présente en premier, je monte et on est à peine parti que la mamy se rend compte que c’est pas le bon bus, le chauffeur entreprend de lui taper la causette et elle met une plombe à sortir, je me dis – la connasse de parisienne qui sommeille en moi plutôt se dit – ouh làlàlà ça va pas commencer, hein !

Il referme les portes, passe la première et commence à se la jouer guide touristique « Sur votre droite, apercevez la cathédrale Notre-Dame de Paris, construite entre 1163 et 1250 par de nombreux architectes dont je ne connais pas le nom. Je peux juste vous dire qu’elle a été restaurer par Viollet-le-Duc, je l’ai retenu parce que le nom m’a fait marrer. »

Je comprends qu’on est tombé sur un drôle de loustic. Je remets mon livre dans mon sac et commence à l’écouter sérieusement. Le voyage continue, y passe la Conciergerie, l’Académie Française, le Pont des Arts. S’il n’a pas un détail historique à mentionner, une anecdote, une blague, ou une improbable charade rythme le voyage.

Un commentaire sur la pyramide du Louvre « dessinée par un chinois ». Mon voisin n’est pas d’accord et lance d’un air atterré « il est pas chinois il est japonais », le voisin de l’autre côté, sans lever le nez de ses mots croisés rétorque « ah non, il est chinois ». Je jubile. Après vérification, l’architecte s’appelle Ieoh Ming Pei et est effectivement chinois. Sino-américain pour être plus précis et pour vous la raconter ce soir au dîner.

J’adore ça. C’est peut-être stupide ou naïf, mais dès que le quotidien s’améliore, que l’ordinaire prend une autre allure, je trouve ça chouette. Avec le recul, j’espère qu’il n’avait rien fumé avant de prendre sa tournée ce gentil chauffeur, mais qu’importe, on est arrivés entier et plutôt très vite pour un mardi 17h.

Il a souhaité bon rétablissement au jeune homme en béquilles, bon voyage à la dame avec sa valise et on s’est dit au revoir en espérant se recroiser bientôt.

Hier, j’ai repris un autre bus pour faire autre chose, il pleuvait et tout le monde faisait la gueule. C’était nul. Et promis, j’arrête avec le bus, maintenant.

 

Le livre pour briller dans les dîner mondains : Ode à la ligne 29 des autobus parisiens, Jacques Roubaud, Attila